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COVID-19 : TRANSPORTS, AGRICULTURE, PHARMACIE..., CES AUTRES ACTIVITÉS ESSENTIELLES À LA NATION

Soumis par redacteur le ven, 05/01/2020 - 11:59

Depuis le début de la crise, ils assurent l’approvisionnement, la satisfaction des besoins et la continuité du service aux usagers. Au-delà du 11 mai, ils souhaitent repenser leur modèle de développement. Pour que demain ne soit pas comme avant.

S’adapter, vite, pour assurer un service aux usagers. Depuis le début de la crise sanitaire, ils assurent le transport de malades, de marchandises et de tous ces salariés de la première ligne de front, dans des conditions souvent difficiles, voire dangereuses : des routiers privés de sanitaires à la suite de la fermeture des aires d’autoroute aux ambulanciers transportant jour et nuit des personnes infectées sans équipements suffisants, le secteur paie un lourd tribut ; au 24 avril, la Fédération générale des Transports et de l’Environnement (FGTE) déplorait 5 500 personnes infectées et 35 décès.

TROP LONGTEMPS, UN MANQUE DE MATÉRIEL DE PROTECTION

PHARMACIE : ASSURER L’URGENCE ET REPENSER L’APRÈS

En flux tendu, les usines de production pharmaceutiques tiennent depuis le début de la crise pour approvisionner les officines et le corps médical. La quasi-totalité des 18 sites industriels de production du géant Sanofi (25 000 salariés) est en surcroît d’activité. Il faut dire que 85 % du capital produit est aujourd’hui nécessaire, de manière directe ou indirecte, pour lutter contre le Covid-19. Produit phare, le Doliprane a vu sa production grimper de 200 % en quelques jours, les stocks constitués par les officines venant contrer l’angoisse de la population après les discours sur les potentiels effets indésirables de l’ibuprofène. À Montpellier, une centaine de salariés travaillent depuis la mi-mars à la fourniture de lots de médicaments (dont l’hydroxychloroquine) destinés aux essais cliniques menés à travers le monde pour traiter le virus. En parallèle, une partie de la production a été mise en stand-by, notamment les produits dont les stocks étaient suffisants. « Cela permet d’assurer une certaine continuité de production et de pouvoir travailler sur le vaccin contre la grippe », précise Humberto De Sousa, coordinateur CFDT de Sanofi.

Alors, lorsqu’il s’est agi de reconnaître l’engagement des salariés qui ont assuré la continuité de la production dans des conditions souvent dégradées [la CFDT a déclenché un droit d’alerte sur les sites du Trait et de Compiègne car les mesures de distanciation n’étaient pas respectées], « la proposition d’un versement proportionnel au salaire nous a fait bondir ». Depuis, la direction a revu sa copie : une prime de 1 500 € sera versée à tous les salariés venus travailler sur site, soit environ 7 500 personnes, les salariés en télétravail bénéficiant pour leur part d’une prime de 100 € au minimum en avril et mai.

RETROUVER LA SOUVERAINETÉ SANITAIRE

Passée l’urgence, la CFDT espère que les alertes répétées sur la dépendance sanitaire vis-à-vis de la Chine et la sécurité sanitaire trouveront enfin un écho. Tous ont entendu les propos des pouvoirs publics aux premiers jours de la crise sur le besoin de la France de retrouver sa souveraineté en réimplantant une filière industrielle pharmaceutique en Europe. Prise de conscience ou effet d’annonce ? La Fédération Chimie-Énergie (FCE) veut croire que « ces décideurs qui se sont lancés à corps perdu dans la mondialisation verront dans cette crise un déclic ». L’occasion pourrait se présenter rapidement. Pour être le premier à s’emparer du marché du vaccin contre la dengue, Sanofi avait en 2013 fait un pari scientifique et industriel en construisant à Neuville-sur-Saône une usine dédiée, avant que soit achevé le développement du produit. Le résultat s’était soldé par un échec. Mais, cette fois, l’expérience pourrait aider le géant français à prendre part à la course au vaccin contre le Covid-19.

aballe@cfdt.fr 

À ce jour, pourtant, ces personnes ne sont toujours pas reconnues prioritaires pour la distribution de matériel de protection. Partout, salariés et dirigeants des entreprises de transport témoignent de leurs difficultés à s’approvisionner en masques et produits désinfectants. « Dans l’Oise, l’un des tout premiers foyers infectieux de l’Hexagone, les salariés ont fait valoir leur droit de retrait dès l’apparition des premiers cas de contamination de conducteurs. Les autorités organisatrices du transport et la préfecture ont été obligées de réagir vite », explique Éric Hugon, du Syndicat national CFDT des transports urbains. Plus ou moins rapidement selon les entreprises et les régions, des mesures ont été mises en place : salariés placés en quarantaine lorsqu’une personne de leur entourage était infectée, fermeture des portes avant des bus et postes de conduite isolés par une paroi en Plexiglas ou du ruban de chantier, fourniture d’un kit de désinfection pour le nettoyage de la cabine avant chaque prise de poste. Mais les masques, eux, sont arrivés beaucoup plus tard…

Même constat à la CFDT-Cheminots, qui, depuis le début de la crise sanitaire, déplore le manque de moyens de protection. Comme les autres secteurs soumis à des obligations de service public, ils répondent présents. Depuis le 16 mars, de 7 à 15 % de TGV ont continué de circuler – dont certains ont été transformés en service de réanimation mobile –, un tiers des TER roulent et le fret ferroviaire a prouvé toute son utilité en matière de transport de marchandises de première nécessité avec 60 % du flux maintenu. « Hors télétravail, entre 17 000 et 25 000 cheminots travaillent sur le terrain, rappelle Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT-Cheminots. En dehors des trains qui roulent, il faut entretenir la totalité du réseau en vue de la reprise. Un travail invisible aux yeux des Français, mais un travail réel. »

LA FILIÈRE AGROALIMENTAIRE TRÈS IMPACTÉE PAR LA CRISE…

Plus visible mais tout aussi essentiel, l’agroalimentaire aura aussi été soumis à de très fortes tensions, et ce, dès le début de la crise. On se souvient de scènes d’hystérie dans les supermarchés et de rayons dévalisés aux premières heures des annonces de confinement. Cette explosion des ventes dans la grande distribution est à mettre en regard avec l’arrêt brutal des activités de restauration hors domicile (fermeture des restaurants, des cantines, des restaurants d’entreprise, etc.) et la baisse significative des exportations du fait de la fermeture des frontières. En quelques jours, toute la filière agroalimentaire aura vu ses équilibres vaciller. À l’image d’une chaîne qui se tend mais ne se rompt pas, le secteur a tenu bon. Malgré toutes les craintes – de pénurie alimentaire notamment – et en dépit de toutes les difficultés. Dans les fermes et les exploitations agricoles, où le manque de main-d’œuvre constituait l’une des principales inquiétudes, le succès d’initiatives telle que « Des bras pour ton assiette » ont apporté une aide salutaire et offert un certain répit. Élaborée paritairement au sein de l’Anefa (Association nationale pour l’emploi et la formation en agriculture) avec les organisations patronales, avec lesquelles la FGA-CFDT s’est engagée activement, cette plateforme a permis de mettre en relation des travailleurs agricoles ou des volontaires et des employeurs. « Et dans le respect d’un cadre, avec un contrat de travail, des conditions de sécurité, de formation et un contrôle des conditions d’embauche. Non sur le bénévolat ou le simple coup de main », précise Fabien Guimbretière, secrétaire général de la Fédération générale de l’Agroalimentaire.

Dans les usines agroalimentaires qui approvisionnent la grande distribution, il a fallu faire face à une hausse brutale de la demande tout en mettant en place les règles de sécurité sanitaire. Une situation compliquée au début mais qui est aujourd'hui globalement bien maîtrisée, précise la fédération. « Dans l’alimentaire, en temps normal, on est déjà très carré sur les règles d’hygiène. Mais là, il a fallu multiplier les dispositifs », explique Hanan Layani, délégué syndical chez Daunat. Aux premiers jours de la crise, l’entreprise a d’ailleurs pris six intérimaires uniquement dédiés aux tâches de désinfection (locaux, poignées de porte, tables de pause, etc.).

… ET UNE FORTE PRESSION MISE SUR DE NOMBREUX SALARIÉS

Rapidement, les premières tensions sont apparues dans les entreprises au sujet des cadences de travail. Contraintes à la fois par la hausse des commandes et un nombre de salariés réduit (absences pour garde d’enfants, etc.), elles mettent la pression sur le personnel restant. Chez Cooperl (groupe coopératif agricole breton leader français de la production porcine, en Bretagne), le rythme d’abattage des porcs ne faiblit pas. Au contraire, « car les éleveurs ont continué à engraisser leurs bêtes sans se préoccuper de l’aval de la filière, dénonce Olivier Louchard, délégué syndical chez Cooperl. Avec environ 20 % d’absentéisme, la direction a demandé d’augmenter l’amplitude horaire de travail d’une heure et demie. Et les salariés de la branche salaisons viennent travailler le samedi depuis le début de la crise. Alors, leur prime de 150 euros mensuelle, c’est juste une prime de présence. Ça n’est pas une prime de reconnaissance ». Déçu, il conclut : « Dans cette période où il devrait y avoir de la solidarité, le rapport de force n’est pas normal. » Espérons que le large accord trouvé au début avril entre organisations syndicales et patronales de l’industrie alimentaire incitera d’autres branches de l’agroalimentaire à investir davantage dans le dialogue social.

De son côté, la FGTE poursuit activement ses travaux en la matière. Deux nouveaux guides de bonnes pratiques sont en cours de préparation pour le transport sanitaire et de voyageurs. « Le pire serait que la crainte d’emprunter les transports collectifs accélère le choix du tout-voiture observé en Chine lors du retour progressif à la normale dans les écoles. À l’inverse du modèle de mobilité durable que prône la CFDT », observe Thomas Cavel.

cnillus@cfdt.fr et epirat@cfdt.fr

photo Patrick Allard /Réa

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