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Communiqué commun de la CFDT des ports de Boulogne-sur-mer, Calais et Dunkerque

Soumis par redacteur le sam, 09/22/2018 - 13:52

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« Les ports de Calais, Boulogne et Dunkerque : 1ères victimes collatérales du BREXIT… ? »

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Maritime
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La question mérite vraiment d’être posée aujourd’hui face aux menaces et aux risques que laissent planer la proposition de la commission européenne datant du 1er août 2018 et privilégiant les ports belges et hollandais au détriment des ports français : au premier rang desquels, les ports de Calais-Boulogne et Dunkerque. Conséquence du BREXIT, ce projet concerne les échanges en provenance et à destination de l’Irlande via le corridor maritime entre l’Irlande et le continent européen : corridor dont seraient exclus dans ce texte nos ports comme tous les ports français.

Il s’agit d’une proposition de la Commission Européenne qui, si rien ne change d’ici là, serait appliquée automatiquement en cas l’absence d’accord sur le « BREXIT » d’ici fin mars 2019. Nos ports font donc partie de ceux les plus concernés par ce projet européen. Sur la forme comme sur le fond, ce projet est, à nos yeux, incompréhensible et inacceptable en l’état.

Si le contournement du Royaume-Uni a bien été évoqué dans le cadre des discussions sur le BREXIT, jamais l’hypothèse d’une desserte de l’Irlande ignorant nos ports n’avait été mise sur la table ou discutée auparavant. Ce processus d’exclusion de nos ports pourrait, à termes, avoir des conséquences directes graves, puis par ricochets.

Parce que nous l’avons reçu comme une véritable attaque et provocation, nous, représentants CFDT des ports de Boulogne, Calais et Dunkerque, avons décidé de nous mobiliser ensemble et de monter à l’offensive dans l’intérêt de nos ports et des salariés portuaires. Nous avons décidé d’agir et de riposter ensemble pour contrecarrer ce projet qui pourrait être destructeur.

Cette proposition de la Commission Européenne ainsi que les « effets d’annonce » et les nombreuses réactions qui l’ont accompagné ces dernières semaines, ne sont pas faites pour nous rassurer. Nous ne pouvons non plus nous contenter des quelques éléments de réponse apportés le 20 août 2018 par la Commissaire Européenne, Mme Violeta BULC, dans son courrier adressé à la Ministre des Transports, Mme Elisabeth BORNE, et au Président de la Région des Hauts-de-France, M Xavier BERTRAND. Même si à travers ce courrier, la Commission Européenne tente d’apporter certains gages, cela n’est pas de nature à nous rassurer et à nous satisfaire complétement : car cela ne répond absolument pas à toutes nos interrogations, ni à toutes nos inquiétudes, et ne donne pas de garanties suffisantes selon nous.

A nos yeux et en l’état, cette proposition de la Commission Européenne, représente un non-sens géographique, économique, social et environnemental. Nos ports ne peuvent être laissés de côté et être rayé de la carte. Bien au contraire, la position de nos ports doit être prise en compte et même renforcée. C’est pourquoi, nous demandons à ce que ce texte soit amendé ou modifié en y intégrant et en y renforçant la place de nos ports. A défaut, nous en exigeons son retrait ou son rejet. En outre, nous souhaitons légitimement obtenir des garanties formelles pour nos ports ainsi que des réponses à toutes nos interrogations, inquiétudes et demandes. Voilà, ce qui nous anime collectivement.

Ainsi, nous avons décidé de mettre en place une véritable cellule de veille sur les conséquences et les impacts du tracé du corridor « Mer du Nord – Méditerranée ». Nous avons également adopté une position commune et avons rassemblé nos arguments dans une plate-forme revendicative que nous allons opposer à la vision de l’Europe et donc à Mme Violeta BULC, Commissaire européenne aux Transports. Ensemble, nous tenons à la fois à exprimer nos craintes et les exigences que nous portons face à ce projet. Vous trouverez notre argumentaire ci-dessous et dans les pages suivantes…

  • Nos ports, de par leur proximité géographique avec l’Irlande et la Grande-Bretagne, devraient, au contraire, et en toute logique devenir la porte de l’Europe, elle serait en tout cas la plus cohérente. On ne peut faire mentir la géographie. C’est du bon sens. Nos ports sont indéniablement les mieux placés et les plus proches pour relier l’Irlande au reste de l’Union Européenne. A partir du moment où les marchandises ne pourront plus passer par le Royaume-Uni du fait du BREXIT, les ports les plus proches, ceux qui offrent le temps de traversée le plus court, sont bien ceux de la France et non ceux du Benelux. D’autre part, passer directement par la France, c’est aussi un seul contrôle de douane.
  • Boulogne-Calais et Dunkerque sont les ports naturels et la voie maritime la plus évidente pour le trafic en provenance d’Irlande. Et assurément plus rapide que les ports belges et hollandais. A l’heure des soucis environnementaux, cet argument est aussi à prendre en compte, notamment afin de faire baisser l’empreinte carbone.
  • Nos ports affichent depuis longtemps une fiabilité sans faille, une qualité de services ainsi qu’un professionnalisme qui n’est plus à démontrer. Des arguments rassurant pour les clients.
  • Il est crucial pour nos ports de garantir la stabilité des volumes et des trafics actuels ainsi que des futures marchés et trafics en provenance ou à destination de l’Irlande.
  • Même si nous avons eu la certitude de la part de Mme Violeta BULC que l’enveloppe de 30,6 Milliards d’euros sera bien mise au service des ports européens, nous souhaitons une position ferme concernant le tracé qui doit intégrer nos ports.
  • Cela dépasse ce corridor, cela touche aussi le Réseau transeuropéen de transport (RTE-T). Notre volonté est l’inter-connectivité en Europe dans le programme 2021-2027. Des ports comme Saint-Nazaire, Nantes et Tours ont été retenus dans le corridor Atlantique. Nos ports doivent être au cœur de ce tracé européen et dans les cordons de réseau RTE-T avant 2023.
  • Face aux enjeux importants, nous demandons que soit réalisée une véritable étude sur les impacts économiques et sociaux notamment. En effet, il ne peut planer ni le moindre doute, ni le moindre soupçon « lobbyiste », ni le moindre sentiment de précipitation, d’impréparation ou d’improvisation « technocratique » sur ce projet. Il en va là de la crédibilité des institutions européennes notamment. La Commission Européenne se doit de mesurer et de prendre en considération les impacts de ce projet. Ce qui nous paraît la moindre des choses étant donné les enjeux importants et les risques que cela laisse peser sur l’activité de nos ports et sur l’emploi. Comment une telle proposition a-t’elle d’ailleurs pu être sérieusement formulée sans qu’une telle étude n’ait été menée au préalable ? Comment expliquer qu’un projet d’une telle ampleur puisse être proposé de manière responsable et raisonnable en ne se basant et en ne s’appuyant sur aucune analyse ?
  • Nous réclamons la mise en œuvre d’une véritable consultation et concertation avec l’ensemble des parties intéressées, concernées ou impactées. Nous demandons à ce que l’avis des acteurs portuaires concernés soit pris en compte et respecté. A ce titre, comment expliquer et justifier une si courte période de consultation (entre le 28 juin et le 12 juillet) et en pleine période estivale ? Pour finalement ne prendre aucunement en compte les avis et argumentaires (feedback) déposés sur le portail de la Commission Européenne pour l’élaboration de la proposition ? Comment expliquer que le texte renvoie à une réunion de travail où le sujet semble n’avoir même pas été abordé selon les autorités françaises ? Tout cela interroge et interpelle : d’autant plus que les négociations sur le « BREXIT » ne sont pas terminées et sont toujours en cours.
  • Nous exigeons des garanties fermes et formelles sur l’emploi. Notre priorité en tant que syndicat et représentants des salariés, c’est la préservation et le développement de l’emploi, la pérennité de nos ports et de leurs activités. Hors, avec ce projet, la Commission Européenne prend le risque de « jouer » non seulement avec l’économie portuaire, mais surtout par conséquent, avec les emplois portuaires. C’est pourquoi, nous sommes extrêmement vigilants et intransigeant en la matière. A travers ce texte tel qu’il est rédigé et orienté aujourd’hui, nous redoutons que cela puisse favoriser le dumping social, même de manière masquée. Il en va de la sauvegarde des emplois portuaires directs et indirects actuels ainsi que de la mise à mal de tous les autres projets portuaires créateurs d’emplois.
  • Nous demandons la transparence la plus complète et précise sur les raisons qui ont guidé la rédaction de cette proposition de manière aussi exclusive et orientée. Alors qu’il s’agit d’un projet d’ampleur, d’une modification majeure susceptible d’avoir des conséquences sur les ports d’un état membre, le texte de la proposition de règlement ne fournit aucune raison claire à nos yeux. En l’état actuel des choses, les raisons nous paraissent pour le moins assez floues ou obscures. Et les quelques arguments à peine évoqués dans le texte nous semblent assez fallacieux. La Commission Européenne semble même reconnaître officiellement une certaine complaisance à l’égard des ports belges et hollandais alors que ces derniers connaissent les mêmes phénomènes et problématiques que les ports français. Complaisance dont ne semble pas bénéficier, de sa part, les ports français. Il serait plus que dommageable et mal venu que la Commission Européenne puisse, même involontairement, engendrer, par ce texte et par l’esprit de ce texte, une inégalité de traitement, une iniquité, une discrimination, une concurrence déloyale et/ou du favoritisme dont nos ports seraient parmi les premières victimes.
  • Exclure nos ports, revient à freiner leur développement et à mettre en danger leur avenir. En effet, cette proposition de la Commissions Européenne, une fois le Brexit effectif, risque de contribuer à remettre en cause les projets de développements prévus dans nos ports : y compris les projets de nouvelles lignes ou de nouveaux trafics avec l’Irlande au départ et à destination de nos ports. Tel qu’il est présenté, ce projet pourrait également avec des conséquences sur tous les grands projets tel que le « Canal Seine Nord », « Calais Port 2015 », etc…

Nous sommes pleinement conscients que la desserte des ports irlandais ne représente qu’un volet du vaste sujet qu’est le BREXIT. Depuis un an et demi, nous n’avons d’ailleurs cessé d’alerter et d’intervenir sur le Brexit et ses conséquences néfastes possibles sur l’emploi, l’activité des ports et leur pérennité. Nous ne pouvons accepter que sa mise en œuvre, aux multiples inconnues et aux contours toujours flous à l’heure actuelle, fasse peser des risques sur nos ports et sur les emplois. Voilà pourquoi, depuis le début, nous avons décidé de ne pas rester dans une position « attentiste » et « passive » sur ce sujet grave et complexe.

Hors, en l’état actuel, cette proposition de la Commission Européenne risque fort de contribuer à ouvrir une « boîte de Pandore » avec tout ce que cela pourrait engendrer de néfastes et dangereux… En syndicalistes responsables, nous ne pouvons laisser courir un tel risque à nos ports et aux salariés portuaires. Nos ports ont déjà affronté suffisamment de difficultés ces dernières années pour ne pas en rajouter. Nous ne pouvons laisser faire et rester sans réagir. Sinon, quelle sera la prochaine étape ? Quel sera le prochain coup porté ? A force de ne pas anticiper, de ne pas réagir, on ne peut que subir…

Dans le contexte incertain du BREXIT et lorsque l’on constate où en sont les négociations en la matière, soyez assuré que notre mobilisation et notre vigilance s’inscrivent dans la durée. Nous allons tout faire pour peser dans les débats, et ce par tous les moyens que nous jugerons nécessaires : cette contribution commune de notre part en étant l’une des illustrations.

A la veille d’élections européennes qui s’annoncent plus qu’incertaines, à l’heure où l’Europe est mise à mal, nous espérons que les institutions européennes prendront conscience du risque démocratique qui plane, que les arguments que nous défendons seront pris en compte, que des garanties formelles et des réponses claires seront apportées aux inquiétudes et demandes légitimes que nous soulevons.

Dans l’intérêt de nos ports et des salariés portuaires, nous espérons vivement que notre position sera prise en considération et que notre argumentaire sera entendu. L’Europe doit être une force pour nos ports et non l’origine d’un déclin comme semble le dessiner actuellement la Commission Européenne à travers cette proposition de règlement européen. C’est à la fois ce que nous défendons et ce que nous combattons ensemble à Boulogne, Calais et Dunkerque !

 

Les Représentants de la CFDT des Ports de Boulogne, Calais et Dunkerque

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