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Congrès de Bagnolet : un cap pour 2020

Entre le 7 et le 9 juin, les délégués ont élu leur bureau fédéral. Retour sur ces trois journées de rassemblement.

C’est tout près de la Capitale, à deux pas du périphérique, que les délégués se sont réunis. À l’hôtel Novotel de Bagnolet, une commune populaire de la petite couronne parisienne, le congrès a élu son bureau fédéral, composé sa nouvelle équipe dirigeante et défini ses orientations pour les quatre prochaines années. Edgar Stemer a été reconduit au poste de secrétaire général.
Depuis le congrès de Toulouse de 2012 et l’assemblée générale de mi-mandat qui s’est tenue il y a deux ans à Dijon, les délégués se sont réunis dans une ambiance plus détendue.

Quelques heures plus tard, ce fut au tour de la loi Travail de concentrer l’attention des délégués

cadart_thierry_0.jpgParticulièrement attendu sur ce sujet, Thierry Cadart ( photo ci-contre ), secrétaire national confédéral, est venu en personne présenter le texte. Plusieurs délégués ont insisté pour prolonger son intervention par une séance de questions réponses dans l’après-midi. Et pour cause, la loi Travail suscite des interrogations. Sur le terrain, certains militants ont témoigné être pris à partie sur ces sujets, confié leur difficulté à se positionner et surtout, à faire oeuvre de pédagogie. L’article II, qui permet notamment, par accord d’entreprise, de déroger aux accords de branche dans le domaine de la durée du travail (temps de travail quotidien, repos, heures supplémentaires) a été le principal sujet de débat. Par ailleurs, certains ont évoqué le référendum d’entreprise : initié par des syndicats minoritaires, il permet à un accord d’être validé s’il remporte 50 % des suffrages. Cette discussion, qui a duré plus d’une heure, a clos la journée la plus chargée du congrès.

blaise.jpg" Nous sommes tous rassemblés sur une  même ligne réformiste. Le congrès a été moins politique. Pourtant, au sein des collèges, il y avait plus de candidats que  de postes à pourvoir ". 

Patrick Blaise, secrétaire général  de l’Union Fédérale Route FGTE CFDT

 

De nouvelles orientations

Le dernier jour, deux amendements ont été intégrés dans la résolution générale de la Fédération. Le premier vise notamment les auto-entrepreneurs collaborant avec des des plateformes de mise en relation électroniques. Les plus connues d’entre elles sont Uber, mais il y en a d’autres telles dans la livraison, telles que Deliveroo, Foodora… L’objectif est d’acquérir et encadrer des nouveaux droits au sein de ces nouveaux secteurs. Et de syndiquer ces travailleurs.
Le deuxième amendement concerne la politique de la FGTE vis-à-vis des retraités. La Fédération s’engage à ne pas perdre contact avec eux lors du départ en retraite en favorisant la continuité de leur adhésion. Même s’ils n’ont pas été formellement inscrits dans la résolution finale, d’autres sujets seront également sur la table. Nouvelle directive sur le détachement des travailleurs, réforme du congé de fin d’activité, abandon des statuts des unions fédérales, adaptations à la réforme territoriale, formation des militants... nul doute que ces sujets vont occuper le bureau fédéral et sa commission exécutive au cours de la prochaine mandature.

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Les neuf membres de la commission exécutive

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stemer.jpgDe l’agriculture à la mécanique, en passant par les chemins de fer et l’armée, Edgar Stemer a fait du chemin ! À 55 ans, ce Tunisois de naissance qui a grandi près de Toulouse, vient d’être reconduit en tant que secrétaire général de la Fédération. « Je suis sur un poste où il faut trancher, ce qui n’est pas toujours facile. Je dois sortir un peu de ma peau d’humaniste », reconnaît-il. Avant de devenir secrétaire général adjoint de la Fédération, en 2008, Edgar Stemer a reconstitué la branche cheminote de la CFDT, décimée en 2003. Plus tôt encore, il avait développé la présence syndicale dans les métiers de maîtrise et d’encadrement à la SNCF. De cette période, il garde de très bons souvenirs : « C’est là où j’avais le plus de liberté, sans être assujetti », se rappelle le secrétaire général, par ailleurs peintre amateur et mordu de fauvisme. 

 

cordier.jpgRoutier de profession, originaire d’Hesdin (Pas-de-Calais), Thierry Cordier connaît déjà un peu la Fédération. Il a intégré le service juridique de la FGTE après son départ de l’Union Fédérale Route, dont il a été le secrétaire général entre 2013 et 2015. Fort de son expérience de conseiller aux prud’hommes, ce syndicaliste âgé de 52 ans renseigne sur les textes juridiques. Avec la loi Rebsamen, la loi Macron, puis la loi Travail, il est servi ! « C’est les soldes », plaisante-il. Passé par le syndicat des transports de Picardie, Thierry Cordier assume la confrontation. « Je sais être plus rouge que rouge. Quitte à déplaire ». Pour lui, le dialogue social, ça se mérite ! « C’est dans les petits secteurs qu’on obtient les plus belles avancées. Les seuls patrons qui mouillent leur chemise, ils sont dans le déménagement ! ». 

 

bourgeon.jpgDevenu convoyeur de fonds par hasard, Stéphane Bourgeon représente un secteur d’activité où les conditions de travail s’améliorent. Les derniers mouvements sociaux remontent aux années 2000. 
Originaire de Rennes (Ille-et-Vilaine), ce délégué syndical central de Loomis a du pain sur la planche. « Avec la région Bretagne et les représentants patronaux du transport (FNTV, FNTR), je travaille sur un label social pour les entreprises de transport ». À la Fédération, 
il s’occupe de la formation syndicale et de l’organisation. Côté privé, ce père de trois enfants, âgé de 46 ans, ne déclare pas de passe-temps particulier. Mais bien mieux, une vocation : avec son épouse, il s’est engagé depuis deux ans en tant que famille d’accueil. 

 

latron.jpgC’est l’histoire d’une femme, la première à naviguer au sein de la marine marchande. En 1974, Valérie Latron a embarqué en tant que radioélectronicienne. En 1983, elle entre à la capitainerie du port autonome de Rouen, du temps où le travail féminin la nuit était illégal. Un coup de pouce de la ministre des Droits des femmes de l’époque, Yvette Roudy : « J’ai attiré la presse et les foudres ! »
Cette mère de famille de 61 ans, conseillère municipale (PS) à Boulogne-sur-Mer, arrive au syndicalisme en 2008. En 2013, elle entre au comité exécutif de la Fédération européenne des travailleurs des transports et officie dans son équivalent international, l’ITF. L’Europe et l’international constituent son portefeuille à la FGTE. Européenne convaincue, elle n’oublie pas sa cause première, celle des femmes : « il faut faire progresser la mixité ».

 

adouane.jpgVoici venu un fonctionnaire, un profil pour le moins atypique. Mohamed Adouane est juriste à l’Agence de l’eau Seine Normandie. Sous tutelle ministérielle, cet organisme a pour mission de protéger les captages d’eau potable. Pour ce faire, « le mieux est d’acheter les terrains au-dessus », explique l’expert en acquisitions foncières. Ce natif d’Alger, un kabyle d’origine qui a grandi à Ivry-sur-Seine est un précoce en syndicalisme : il a d’abord milité à l’Unef. Malgré ses mandats exercés depuis, et la reconstitution d’une section CFDT dans les agences de l’eau, à 57 ans, cet « humaniste » confie avoir encore beaucoup à apprendre à la Fédération, où il est chargé du développement durable : « je n’avais pas pris conscience du travail syndical au niveau européen sur l’environnement. Il faut davantage le diffuser ».

 

rossi.jpgPour Patrick Rossi, le travail, c’est d’abord la santé. C’est d’ailleurs de ces questions qu’il est chargé à la Fédération, ainsi que des des politiques économiques. Ce sujet, ce conducteur de métro de profession de 52 ans le connaît bien. « Au sein de la Régie des transports marseillais (RTM), je bataille depuis plus de dix ans sur la pollution de l’air ». En effet, les particules fines se concentrent dans les tunnels et les sous-sols. Un problème longtemps ignoré que l’ex-secrétaire national adjoint dans la branche du transport urbain s’est evertué à médiatiser, sans relâche. Patrick Rossi a tenu à garder le plus longtemps possible un pied dans l’entreprise. Tout en cultivant un esprit d’analyse par des études, entamées sur le tard à Sciences Po Aix. Et son jardin : l’Avignonnais apprécie ce passe-temps.

 

russo.jpgNouveau venu à la Fédération, chargé des cadres et de la communication papier, Étienne Russo cultive le profil d’un homme discret. « Je n’ai pas de goût pour l’exposition », écrit par SMS ce cadre de Geodis, en poste depuis 1996, au profil singulier au sein de la Fédération.En effet, ce Parisien pratique le syndicalisme au siège de l’entreprise logistique, où il est élu du personnel et au comité d’entreprise. Sa spécialité, convaincre une population plutôt hostile au syndicalisme. Mais il persiste : fin 2014, il crée la coordination CFDT Geodis Interdivisions. Et monte un bulletin trimestriel d’information. Étienne Russo est un homme « généreux, même quand on n’est pas d’accord », disent ses collègues syndicalistes.

 

ledantec.jpg« J’ai un peu fait ce que je voulais, tout le temps ». Cet esprit d’électron libre a éloigné Jean-Paul Le Dantec de son premier métier : conducteur. Âgé aujourd’hui de 60 ans, a vendu des… crêpes pendant quelques années. Ses centres d’intérêt ? Typiques d’un Breton : la moto, la pêche, le bateau, mais aussi le festival de musique interceltique. Dans les années 1990, il reprend son activité syndicale en renouant avec le salariat. Il travaille chez Stef, une entreprise spécialisée dans la logistique du froid. Conseiller prud’homal, secrétaire général du syndicat des transports de Bretagne, membre du conseil de l’UF Route… de tous ces mandats, il retient notamment une lutte : l’obtention du congé de fin d’activité pour les routiers. « La remise en cause de cet acquis m’inquiète, car je constate peu de motivation pour le défendre ».

 

tosolini.jpgÀ 36 ans, Fabian Tosolini, le jeune de la Commission Exécutive n’est plus le dernier arrivé. En poste depuis 2012 au sein de cette Commission, et auprès de la Santé au Travail, en passant par le développement et la communication, il a été le couteau suisse de la Fédération. Mais ce passionné de musique et de football aime  par-dessus tout partir à la rencontre des équipes sur le terrain, pas assez à son goût d’ailleurs. « Conducteur de train de métier, comme mon père, j’aime conseiller pour mettre sur la bonne voie les équipes qui me sollicitent. J’ai appris au fur et à mesure des réussites et des échecs, voici quelles sont mes plus belles leçons de vie ». 

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