Le 04/06/2026 par La rédaction

La vision CFDT du syndicalisme et du rôle du syndicalisme, c’est d’abord la démocratie, un gène, une boussole jusque dans son sigle et dans son histoire.

Par exemple à travers son soutien précoce au mouvement ouvrier polonais contre la république populaire à une époque, dans les années 80, où Solidarnosc était un vrai mouvement d’émancipation, à l’inverse d’aujourd’hui où le mouvement syndical français en a demandé l’exclusion de la CES compte tenu de ses récentes dérives qui l’ont rapproché de l’extrême droite.

Dans ces péripéties historiques, économiques et sociales, la CFDT se reconstruit en permanence. C’est aussi une illustration de sa vitalité démocratique.

Vitalité qu’elle exprime d’autant plus aisément qu’elle se veut indépendante dans sa pensée et son action, indépendante des partis et des cultes.

Vitalité qu’elle entretient à travers un syndicalisme d’adhérentes et d’adhérents formés et à l’audience reconnue.

Pour la CFDT, la démocratie sociale est un objectif au sens d’un compromis éclairé qui permet de construire ensemble des transformations intégrant progrès social, respect de la dignité des travailleurs, accroissement de leurs responsabilités dans les entreprises et la société.

C’est pourquoi quatre autres valeurs l’accompagnent :

  • L’indépendance qui garantit sa liberté d’action, son ouverture à toutes et tous sans dogme
  • L’émancipation qui permet à chacune et chacun de penser par lui-même et d’être maître de son destin
  • L’égalité qui est à la fois un principe (la voix de chacun et de chacune compte autant qu’une autre) et un objectif (égalité entre les femmes et les hommes, entre tous les travailleurs quelles que soient leurs origines…)
  • La solidarité qui mobilise le collectif au service des plus fragiles et suppose comme principe d’action la proximité.

La CFDT l’affirme comme une conviction :

Cette méthode de dialogue social, de démocratie sociale, fondée sur la négociation et le débat est adaptée aux enjeux de notre temps. Même sans doute incontournable.

Nous vivons dans un monde travaillé par des transformations qui bouleversent tous les modèles :

  • L’urgence du dérèglement climatique et son pendant : la transition écologique juste.
  • La transformation profonde des relations sociales et de l’organisation du travail par la transition numérique et en particulier l’avènement de l’Intelligence Artificielle
  • La transformation démographique qui modifie profondément le poids relatif des continents, a une forte incidence sur les mouvements migratoires et est facteur de déstabilisation de notre modèle social, par exemple sur le système des retraites.

Mais évidemment ces trois plaques tectoniques se conjuguent et ont pour conséquences des remises en cause profondes du monde tel que nous le connaissons :

– la place et le rôle des puissances actuelles,

– les secteurs d’activité,

– les métiers et les statuts sociaux.

L’une des conséquences empiriques et visible de ces forces à l’œuvre dans un contexte de dérégulation économique a été ces dernières années l’accroissement des inégalités en France, dans les pays industrialisés, dans le monde alors que la seconde partie du XXe siècle a plutôt été marquée par une réduction historique des inégalités.

Plus récemment, on voit bien que la dérégulation des relations internationales au mépris du droit aboutit aux mêmes conséquences : le retour de la loi du plus fort.

Le syndicalisme de transformation sociale et la démocratie sociale sont donc des solutions particulièrement actuelles à ces problématiques. Face à ces transformations extrêmement complexes qui impactent tout le monde, l’intelligence collective devrait être de se tourner vers la recherche d’un compromis éclairé prenant en compte une variété d’intérêts, territoriaux, économiques, sectoriels, sociaux…

Cela suppose :

  • D’avoir des capteurs de terrain (ce qui est encore le cas du syndicalisme d’adhérents – la CFDT a 650 000 adhérents),
  • De pouvoir organiser un dialogue et une délibération démocratiques qui visent ce compromis.

Les grandes centrales syndicales ont encore une structuration organisationnelle qui le permet, alors que c’est de plus en plus rare du côté des partis politiques en France. Cette proximité permet par une veille active d’identifier et de protéger les plus fragiles (c’est l’objet même du syndicalisme) …

A l’inverse un mouvement ou une personnalité politique qui prétend avoir tout seul la solution à ces problématiques complexes a toutes les chances de nous emmener dans le mur.

Pourtant, que constate-t-on ?

  • La montée de l’extrémisme et du populisme en politique
  • Le repli identitaire, la radicalité, et le communautarisme sur le plan social, sociologique et religieux
  • Une mise en cause des fondamentaux démocratiques : un régime plus autoritaire serait pour une partie de l’opinion plus efficace, prenant pour preuve la puissance visible des néo-impérialismes qu’ils soient russe, chinois, voire désormais américain…

Il s’agit évidemment de 3 illusions :

  • Le populisme porte des solutions simplistes face à des problèmes complexes, notamment l’illusion du retour à un passé fantasmé. C’est parce qu’il est simple, qu’il séduit face à une perte de repères.
  • Le repli identitaire et communautaire propose de protéger ses différences à l’échelle d’un petit groupe. C’est la proximité avec soi qui séduit et aussi la recherche d’une identité plus pure dans un monde trop brouillé.
  • Les attaques contre la démocratie reposent sur l’illusion de la puissance. Si je suis le sujet d’un empire puissant, je serai mieux protégé dans un monde dangereux. Ce n’est pourtant pas la réalité vécue par le soldat russe sur le front ukrainien, par le paysan chinois du Gansu qui travaille jusqu’à 80 ans pour assurer une subsistance extrêmement précaire, voire de l’ouvrier américain au chômage de la Rust Belt qui n’a pas retrouvé de travail depuis qu’il a voté Trump mais doit payer plus cher le carburant et l’énergie depuis que la puissance américaine se manifeste au Moyen-Orient…

La démocratie sociale qui est le moyen du syndicalisme et le progrès social qui est son objectif se posent en réponses beaucoup plus pertinentes.

Au-delà des réflexes sociologiques précités, il y a un terreau d’attente qui appelle à y travailler sans attendre.

Le dernier baromètre CEVIPOF ObSoCo des « priorités françaises » montre que les deux premières préoccupations des français sont :

  • La régulation de la vie politique et l’éthique
  • L’inflation et le pouvoir d’achat

Et ce devant la sécurité, la dette ou l’immigration.

Le baromètre CEVIPOF 2026 de la vie politique française montre une confiance dans le fonctionnement démocratique français au plus bas :

  •  Les syndicats ont une cote de confiance de 40% loin devant les partis politiques (15%).
  • Les principaux pouvoirs publics (Sénat, Assemblée Nationale, PR) affichent un indice de confiance presque deux fois inférieur à celui du CESE.
  • L’entreprise reste l’un des éléments de fiabilité les plus importants auquel se raccrochent les citoyens.

C’est pourquoi, la CFDT a investi si fortement la question du travail comme l’une des questions qui est au cœur des enjeux démocratiques de notre société et d’où l’on peut repartir. Avant toute chose, parlons travail, parlons du travail et du travail que nous voulons, de son organisation, de la conciliation des temps…

Essayons toutefois de bien hiérarchiser une chronologie qui nous sorte de l’urgence.

Les institutions politiques françaises et européennes peinent encore à trouver des réponses suffisamment claires et fortes :

  • Un compromis parlementaire indispensable mais difficile (cf. sur le budget) avec néanmoins des résultats intéressants cf. suspension de la réforme des retraites et ouverture de la conférence travail emploi retraite qui est un premier signal d’écoute depuis le mouvement social de 2022/2023.
  • La nécessité de planifier des moyens pour les grandes transformations mais l’hésitation réelle à mobiliser ces moyens. Cf. Loi cadre transports qui pose le principe de lois de programmation décennales tout en allant chercher des expédients financiers au travers de partenariats public-privé et sans travailler la cohérence avec la stratégie nationale bas carbone ou une politique de réindustrialisation ;
  • Les institutions européennes avancent sur l’égalité femmes-hommes (directive pay transparency) mais reculent sur la directive CSRD sur fond de backlash environnemental alors que le réchauffement climatique lui ne recule pas.

Alors quelle place pour plus de démocratie sociale au service de la démocratie tout court ? Voilà quelques pistes de solutions portées par le syndicalisme et notamment le syndicalisme CFDT qui s’en affirme partie constituante.

1. Lutter contre la tentation populiste d’extrême droite qui part de la réaffirmation des valeurs. Le syndicalisme est nécessairement incompatible avec l’extrême droite (lutte contre les discriminations). L’extrême-droite porte dans son projet la suppression des contre-pouvoirs notamment syndicaux. Ceci passe par :

  1. L’éducation populaire des travailleur-se-s (cf. module de formation FGTE décryptage de nos institutions politiques et de ce qui caractérise les extrêmes droites, le risque de leur arrivée au pouvoir…)
  2. L’indépendance y compris financière : la CFDT la met à l’ordre du jour de son prochain congrès pour avoir les moyens d’une action syndicale indépendante
  3. Cordon sanitaire : la CFDT et la CGT sont les organisations syndicales qui l’affirment le plus fortement. D’autres OS mettent en avant la neutralité ce qui est un moyen de concilier avec la pénétration des idées d’extrême droite parmi leurs adhérents et donc de reculer face à celles-ci, avec le risque de certaines bascules (cf. futur congrès de la CFE-CGC).

2. Proposer un projet de société alternatif positif socialement et écologiquement juste, égalitaire conjuguant proximité et globalité. La démocratie ne se défend pas que pour elle-même et contre le danger du populisme. Elle se défend d’autant mieux qu’elle porte un espoir de progrès social.

  1. Cela suppose d’abord de maintenir un lien fort de proximité avec les travailleurs et d’être dans la défense au quotidien de leurs droits. Ceci est d’autant plus important dans une conjoncture économique plus difficile avec des risques sur l’emploi.
  2. Ceci est à relier à la réduction des moyens du syndicalisme depuis les ordonnances Macron.
  3. La CFDT revendique un retour à des dispositions antérieures, avec quelques succès comme la fin de la limitation à 3 des mandats successifs obtenue fin 2025 et inscrite dans la loi en 2026. Cette action au plus près des travailleuses et des travailleurs est à mettre en perspective avec trois transformations de fond à l’œuvre dans nos sociétés que nous devons nous approprier pour proposer la construction d’un nouveau modèle :
    • Transformation Écologique : la CFDT la porte sous le vocable expressif de transition écologique juste.
      • Cette notion se retrouve dans le Pacte du pouvoir de vivre.
      • L’école du pacte du pouvoir de vivre sert aussi à faire infuser ces idées.
      • La transition écologique, c’est un nouveau levier de croissance, d’innovation.
      • Question, comment cela est-il porté dans les CSE depuis l’ANI sur la transition écologique ?
    • Transformation Numérique : l’approche syndicale en est de la prendre en compte avec l’IA comme facteurs de progrès social.
      • Pour la réussir, il faut la coconstruire avec les travailleuses et les travailleurs et se fixer un objectif d’amélioration des conditions de travail.
      • Il faut bien sûr la réguler pour éviter les mécanismes d’asservissement (question des algorithmes), mettre en œuvre un partage de la valeur/gains de productivité…
      • Rappelons qu’aucune société ne peut durablement prospérer en laissant de côté une partie de sa population.
    • Transformation Démographique : cette approche doit nous permettre une approche positive de l’immigration, intégratrice par le travail et qui permette la préservation de notre modèle social.

3. Une force nouvelle au vivre-ensemble, deux exemples

  • L’entreprise est un lieu où, par nature, le vivre-ensemble est nécessaire. Mais elle n’est que modérément un lieu démocratique. Dans les entreprises où la place de la démocratie est plus faible, des études sociologiques montrent que le vote populiste est plus important. La question de la démocratie est centrale.
  • C’est d’autant plus nécessaire que l’entreprise est à la fois un lieu d’intégration et un outil de transformation sociales : elle est traversée par les 3 grandes évolutions mais elle en est aussi un agent. La démocratie au travail est donc une priorité.
  • La laïcité, remise à l’ordre du jour selon les principes qui ont présidé à la loi de 1905, loi de coexistence, de liberté de croire, de penser et de respect mutuel des différences philosophiques et confessionnelles.
  • La laïcité n’est pas un outil pour exclure l’affirmation de son identité. C’est un outil d’accueil et de coexistence de toutes les identités, un outil de diversité. Dans le monde du travail, une telle réflexion reste embryonnaire : elle se cantonne souvent à poser de nécessaires limites sans poser les moyens d’une politique d’accueil de la diversité pour une mise en commun à l’inverse du communautarisme.

4. Le renforcement des institutions régulatrices

  • Dans sa résolution revendicative, la CFDT fait des propositions pour renforcer les contre-pouvoirs démocratiques et les institutions garantes de l’état de droit. On a vu aux Etats-Unis combien des points de faiblesse institutionnels pouvaient être rapidement exploités par un pouvoir autoritariste.
  • Dans une période où le multilatéralisme est attaqué au niveau international, il est important d’investir le terrain des organisations régulatrices. La CFDT est très active dans le syndicalisme international, bien entendu en soutien humanitaire des syndicats réprimés ou touchés par la guerre (via son fonds de solidarité internationale : Palestine, Liban, Ukraine, Iran…), mais aussi dans le cadre des organisations internationales. La semaine dernière, la FGTE était présente à la conférence CSW70 pour les droits des femmes ; la notion de genre a été attaquée par un amendement venu des Américains.
  • Dans l’Union européenne, la démocratie sociale s’impose comme un espace de régulation démocratique fondamental même s’il est imparfait.
  • La CFDT soutient la notion d’autonomie stratégique européenne mais pose comme condition nécessaire un renforcement des institutions démocratiques à l’heure où l’on voit que des proxys de Poutine ou de Trump parviennent par un simple véto à empêcher la mise en œuvre de politiques communes fondamentales pour notre liberté.

5. Ouvrir la décision / gouvernance collective / viser des alliances citoyennes et faire monter en puissance la société civile, quelques exemples

  • Au travail, la démocratie sociale doit s’ouvrir pour toucher davantage les travailleurs. Les travailleurs et travailleuses des plus petites entreprises, presqu’un travailleur sur deux en France, restent sous-représentés.
  • Il faut aussi en complément de la démocratie sociale représentative à garantir, à renforcer et à prévoir des espaces complémentaires de dialogue au travail (en complément du dialogue social – nous portons par exemple comme 10e principe général de la prévention au travail l’inscription de « l’écoute » des travailleurs). Cela passe par le droit d’expression des salariés.
  • Investir le dialogue social territorial : sur les enjeux du travail et de l’emploi mais aussi sur des enjeux sociétaux de proximité, de cadre de vie et de services essentiels. Par exemple la CFDT a porté sur les mobilités l’ouverture aux organisations syndicales des comités des partenaires des autorités organisatrices des transports collectifs (AOM)…
  • Faciliter la démocratie participative en complément de la démocratie représentative dans l’entreprise et aussi dans l’organisation (conventions d’adhérents…)
  • Faciliter la démocratie participative sur les grands enjeux de transformation sociétale et utiliser le CESE et les CESER qui sont les assemblées représentatives de la société civile organisée pour provoquer, faciliter, animer cette démarche complémentaire à la démocratie représentative.
  • Favoriser les alliances de projet dans la société civile : travail avec de grandes associations (réseau action climat, pacte du pouvoir de vivre…) pour construire un projet de société issu du terrain et qui pèse et porte dans le débat politique.

Comment franchir une étape supplémentaire pour pousser notre modèle et notre projet de société en étant un catalyseur de projet politique progressiste sans faire de la politique politicienne ?

C’est encore un objet de débat au sein de la CFDT. Il y a nécessité de bouger pour faire gagner le progrès social ; à défaut nous devrons résister si l’extrémisme et la régression l’emportaient en France. En tout état de cause, à la CFDT, « l’imagination prend le pouvoir » !