Le 11 mars 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a franchi une étape importante pour la souveraineté alimentaire et la transition écologique en adoptant, par 113 voix pour, l’avis « Quels leviers pour optimiser la décarbonation de la chaîne logistique alimentaire ? ». Rapporté par Franck Tivierge (CFDT Agri-Agro) et Christophe Grison (groupe de la Coopération), ce rapport propose une feuille de route concrète pour un secteur qui représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) en France.
Un constat alarmant : Une logistique alimentaire très consommatrice de transport
Chaque aliment consommé en France parcourt en moyenne 1 400 kilomètres avant d’arriver dans l’assiette du consommateur. Cette réalité physique traduit une complexification des échanges liée à la spécialisation des territoires et à l’organisation en flux tendus. Aujourd’hui, la logistique alimentaire — qui inclut le transport, le stockage, l’emballage et les déplacements des consommateurs — pèse pour 28 % des flux de marchandises transportées dans le pays.
Le diagnostic posé par les rapporteurs est clair : le transport intérieur de marchandises repose à 89 % sur la route, avec une prédominance écrasante des énergies fossiles. Face à l’instabilité géopolitique mondiale, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine, décarboner cette chaîne n’est plus seulement un impératif écologique, mais une condition de notre indépendance stratégique. L’actualité récente nous le rappelle avec une acuité encore plus grande depuis le blocage du détroit d’Ormuz.
La CFDT : Architecte d’une transition sociale et pragmatique
Nous avons porté la voix des travailleurs lors de la séance plénière pour rappeler que la trajectoire de décarbonation actuelle décroche de ses objectifs. Pour la CFDT, cet avis est pragmatique et exigeant (voir l’intervention de S. Mariani SG FGTE et membre du groupe CFDT au CESE).
Notre organisation a veillé à ce que la transition écologique ne soit pas un vain mot mais s’accompagne de mesures concrètes pour les salariés. Nous avons insisté sur :
- L’accompagnement social : La décarbonation doit rimer avec attractivité des métiers, gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) et amélioration des conditions de travail.
- La souveraineté industrielle : Nous préconisons un mix énergétique à dominante électrique, soutenu par la création de filières industrielles dédiées à la production de batteries et de véhicules de fret.
- Le soutien aux circuits de proximité : L’avis souligne l’importance des circuits courts et de la vente directe, essentiels pour réduire les distances parcourues.
Les 5 axes stratégiques pour transformer le secteur
L’avis s’articule autour de 16 préconisations réparties en cinq axes majeurs :
- Connaissance et suivi : Stabiliser les méthodes de calcul des émissions avec l’ADEME et le CEREMA.
- Sortie des énergies fossiles : Accélérer l’électrification, tout en utilisant de manière transitoire des biocarburants issus de déchets pour les segments les plus difficiles.
- Entrepôts et commerce de proximité : Équiper les nouveaux entrepôts de plus de 5 000 m² de toitures photovoltaïques et pérenniser le programme « Action cœur de ville ».
- Économie circulaire : Faire de la décarbonation des emballages un levier de réindustrialisation territoriale.
- Coopération territoriale : Mobiliser les 17 Marchés d’Intérêt National (MIN) pour massifier les flux et mutualiser le stockage.
Focus sur la Préconisation n°6 : Un sursaut indispensable pour le Fret Ferroviaire
A l’heure où l’on parle d’ouverture du capital d’Hexafret (ex-Fret SNCF), c’est un point de rupture majeur porté par l’avis et soutenu avec force par la FGTE-CFDT.
Le fret ferroviaire subit aujourd’hui trois freins majeurs : un manque de flexibilité face au camion, une complexité d’exploitation liée à la priorité donnée aux trains de passagers, et des contraintes européennes étouffantes. La procédure de « discontinuité » imposée à Fret SNCF a déjà entraîné la suppression de 10 % des emplois et l’abandon de 23 flux de marchandises, au risque d’un report massif vers la route.
La préconisation n°6 appelle à un changement radical de politique européenne pour permettre à l’État de reconstituer un pôle public fort. Les mesures demandées sont claires :
- La gratuité des péages ferroviaires pour le pôle public afin de restaurer la compétitivité du rail face à la route.
- La fin des règles de limitation d’intervention publique sur 10 ans, jugées anachroniques face à l’urgence climatique.
- Un investissement massif et sécurisé : L’inscription dans une loi de programmation décennale d’un financement public d’au moins 500 millions d’euros par an pour régénérer et moderniser les infrastructures ferroviaires dédiées au fret.
Conclusion : Un appel à l’action gouvernementale
Adopté à une très large majorité (113 voix pour, 4 contre et 8 abstentions), cet avis n’est pas une simple étude, mais un signal d’alarme et une boîte à outils pour le gouvernement. Pour la FGTE-CFDT, le succès de cette transition repose sur la capacité des pouvoirs publics à sortir de la gestion à court terme pour engager des investissements structurants, tant sur le plan humain que technique. Nous resterons vigilants pour que ces propositions deviennent la pierre angulaire de la future politique alimentaire et logistique de la France
