Perspectives : la FGTE-CFDT partage une vision du syndicalisme dans le contexte actuel

La vision CFDT du syndicalisme et du rôle du syndicalisme, c’est d’abord la démocratie, un gène, une boussole jusque dans son sigle et dans son histoire.

Par exemple à travers son soutien précoce au mouvement ouvrier polonais contre la république populaire à une époque, dans les années 80, où Solidarnosc était un vrai mouvement d’émancipation, à l’inverse d’aujourd’hui où le mouvement syndical français en a demandé l’exclusion de la CES compte tenu de ses récentes dérives qui l’ont rapproché de l’extrême droite.

Dans ces péripéties historiques, économiques et sociales, la CFDT se reconstruit en permanence. C’est aussi une illustration de sa vitalité démocratique.

Vitalité qu’elle exprime d’autant plus aisément qu’elle se veut indépendante dans sa pensée et son action, indépendante des partis et des cultes.

Vitalité qu’elle entretient à travers un syndicalisme d’adhérentes et d’adhérents formés et à l’audience reconnue.

Pour la CFDT, la démocratie sociale est un objectif au sens d’un compromis éclairé qui permet de construire ensemble des transformations intégrant progrès social, respect de la dignité des travailleurs, accroissement de leurs responsabilités dans les entreprises et la société.

C’est pourquoi quatre autres valeurs l’accompagnent :

  • L’indépendance qui garantit sa liberté d’action, son ouverture à toutes et tous sans dogme
  • L’émancipation qui permet à chacune et chacun de penser par lui-même et d’être maître de son destin
  • L’égalité qui est à la fois un principe (la voix de chacun et de chacune compte autant qu’une autre) et un objectif (égalité entre les femmes et les hommes, entre tous les travailleurs quelles que soient leurs origines…)
  • La solidarité qui mobilise le collectif au service des plus fragiles et suppose comme principe d’action la proximité.

La CFDT l’affirme comme une conviction :

Cette méthode de dialogue social, de démocratie sociale, fondée sur la négociation et le débat est adaptée aux enjeux de notre temps. Même sans doute incontournable.

Nous vivons dans un monde travaillé par des transformations qui bouleversent tous les modèles :

  • L’urgence du dérèglement climatique et son pendant : la transition écologique juste.
  • La transformation profonde des relations sociales et de l’organisation du travail par la transition numérique et en particulier l’avènement de l’Intelligence Artificielle
  • La transformation démographique qui modifie profondément le poids relatif des continents, a une forte incidence sur les mouvements migratoires et est facteur de déstabilisation de notre modèle social, par exemple sur le système des retraites.

Mais évidemment ces trois plaques tectoniques se conjuguent et ont pour conséquences des remises en cause profondes du monde tel que nous le connaissons :

– la place et le rôle des puissances actuelles,

– les secteurs d’activité,

– les métiers et les statuts sociaux.

L’une des conséquences empiriques et visible de ces forces à l’œuvre dans un contexte de dérégulation économique a été ces dernières années l’accroissement des inégalités en France, dans les pays industrialisés, dans le monde alors que la seconde partie du XXe siècle a plutôt été marquée par une réduction historique des inégalités.

Plus récemment, on voit bien que la dérégulation des relations internationales au mépris du droit aboutit aux mêmes conséquences : le retour de la loi du plus fort.

Le syndicalisme de transformation sociale et la démocratie sociale sont donc des solutions particulièrement actuelles à ces problématiques. Face à ces transformations extrêmement complexes qui impactent tout le monde, l’intelligence collective devrait être de se tourner vers la recherche d’un compromis éclairé prenant en compte une variété d’intérêts, territoriaux, économiques, sectoriels, sociaux…

Cela suppose :

  • D’avoir des capteurs de terrain (ce qui est encore le cas du syndicalisme d’adhérents – la CFDT a 650 000 adhérents),
  • De pouvoir organiser un dialogue et une délibération démocratiques qui visent ce compromis.

Les grandes centrales syndicales ont encore une structuration organisationnelle qui le permet, alors que c’est de plus en plus rare du côté des partis politiques en France. Cette proximité permet par une veille active d’identifier et de protéger les plus fragiles (c’est l’objet même du syndicalisme) …

A l’inverse un mouvement ou une personnalité politique qui prétend avoir tout seul la solution à ces problématiques complexes a toutes les chances de nous emmener dans le mur.

Pourtant, que constate-t-on ?

  • La montée de l’extrémisme et du populisme en politique
  • Le repli identitaire, la radicalité, et le communautarisme sur le plan social, sociologique et religieux
  • Une mise en cause des fondamentaux démocratiques : un régime plus autoritaire serait pour une partie de l’opinion plus efficace, prenant pour preuve la puissance visible des néo-impérialismes qu’ils soient russe, chinois, voire désormais américain…

Il s’agit évidemment de 3 illusions :

  • Le populisme porte des solutions simplistes face à des problèmes complexes, notamment l’illusion du retour à un passé fantasmé. C’est parce qu’il est simple, qu’il séduit face à une perte de repères.
  • Le repli identitaire et communautaire propose de protéger ses différences à l’échelle d’un petit groupe. C’est la proximité avec soi qui séduit et aussi la recherche d’une identité plus pure dans un monde trop brouillé.
  • Les attaques contre la démocratie reposent sur l’illusion de la puissance. Si je suis le sujet d’un empire puissant, je serai mieux protégé dans un monde dangereux. Ce n’est pourtant pas la réalité vécue par le soldat russe sur le front ukrainien, par le paysan chinois du Gansu qui travaille jusqu’à 80 ans pour assurer une subsistance extrêmement précaire, voire de l’ouvrier américain au chômage de la Rust Belt qui n’a pas retrouvé de travail depuis qu’il a voté Trump mais doit payer plus cher le carburant et l’énergie depuis que la puissance américaine se manifeste au Moyen-Orient…

La démocratie sociale qui est le moyen du syndicalisme et le progrès social qui est son objectif se posent en réponses beaucoup plus pertinentes.

Au-delà des réflexes sociologiques précités, il y a un terreau d’attente qui appelle à y travailler sans attendre.

Le dernier baromètre CEVIPOF ObSoCo des « priorités françaises » montre que les deux premières préoccupations des français sont :

  • La régulation de la vie politique et l’éthique
  • L’inflation et le pouvoir d’achat

Et ce devant la sécurité, la dette ou l’immigration.

Le baromètre CEVIPOF 2026 de la vie politique française montre une confiance dans le fonctionnement démocratique français au plus bas :

  •  Les syndicats ont une cote de confiance de 40% loin devant les partis politiques (15%).
  • Les principaux pouvoirs publics (Sénat, Assemblée Nationale, PR) affichent un indice de confiance presque deux fois inférieur à celui du CESE.
  • L’entreprise reste l’un des éléments de fiabilité les plus importants auquel se raccrochent les citoyens.

C’est pourquoi, la CFDT a investi si fortement la question du travail comme l’une des questions qui est au cœur des enjeux démocratiques de notre société et d’où l’on peut repartir. Avant toute chose, parlons travail, parlons du travail et du travail que nous voulons, de son organisation, de la conciliation des temps…

Essayons toutefois de bien hiérarchiser une chronologie qui nous sorte de l’urgence.

Les institutions politiques françaises et européennes peinent encore à trouver des réponses suffisamment claires et fortes :

  • Un compromis parlementaire indispensable mais difficile (cf. sur le budget) avec néanmoins des résultats intéressants cf. suspension de la réforme des retraites et ouverture de la conférence travail emploi retraite qui est un premier signal d’écoute depuis le mouvement social de 2022/2023.
  • La nécessité de planifier des moyens pour les grandes transformations mais l’hésitation réelle à mobiliser ces moyens. Cf. Loi cadre transports qui pose le principe de lois de programmation décennales tout en allant chercher des expédients financiers au travers de partenariats public-privé et sans travailler la cohérence avec la stratégie nationale bas carbone ou une politique de réindustrialisation ;
  • Les institutions européennes avancent sur l’égalité femmes-hommes (directive pay transparency) mais reculent sur la directive CSRD sur fond de backlash environnemental alors que le réchauffement climatique lui ne recule pas.

Alors quelle place pour plus de démocratie sociale au service de la démocratie tout court ? Voilà quelques pistes de solutions portées par le syndicalisme et notamment le syndicalisme CFDT qui s’en affirme partie constituante.

1. Lutter contre la tentation populiste d’extrême droite qui part de la réaffirmation des valeurs. Le syndicalisme est nécessairement incompatible avec l’extrême droite (lutte contre les discriminations). L’extrême-droite porte dans son projet la suppression des contre-pouvoirs notamment syndicaux. Ceci passe par :

  1. L’éducation populaire des travailleur-se-s (cf. module de formation FGTE décryptage de nos institutions politiques et de ce qui caractérise les extrêmes droites, le risque de leur arrivée au pouvoir…)
  2. L’indépendance y compris financière : la CFDT la met à l’ordre du jour de son prochain congrès pour avoir les moyens d’une action syndicale indépendante
  3. Cordon sanitaire : la CFDT et la CGT sont les organisations syndicales qui l’affirment le plus fortement. D’autres OS mettent en avant la neutralité ce qui est un moyen de concilier avec la pénétration des idées d’extrême droite parmi leurs adhérents et donc de reculer face à celles-ci, avec le risque de certaines bascules (cf. futur congrès de la CFE-CGC).

2. Proposer un projet de société alternatif positif socialement et écologiquement juste, égalitaire conjuguant proximité et globalité. La démocratie ne se défend pas que pour elle-même et contre le danger du populisme. Elle se défend d’autant mieux qu’elle porte un espoir de progrès social.

  1. Cela suppose d’abord de maintenir un lien fort de proximité avec les travailleurs et d’être dans la défense au quotidien de leurs droits. Ceci est d’autant plus important dans une conjoncture économique plus difficile avec des risques sur l’emploi.
  2. Ceci est à relier à la réduction des moyens du syndicalisme depuis les ordonnances Macron.
  3. La CFDT revendique un retour à des dispositions antérieures, avec quelques succès comme la fin de la limitation à 3 des mandats successifs obtenue fin 2025 et inscrite dans la loi en 2026. Cette action au plus près des travailleuses et des travailleurs est à mettre en perspective avec trois transformations de fond à l’œuvre dans nos sociétés que nous devons nous approprier pour proposer la construction d’un nouveau modèle :
    • Transformation Écologique : la CFDT la porte sous le vocable expressif de transition écologique juste.
      • Cette notion se retrouve dans le Pacte du pouvoir de vivre.
      • L’école du pacte du pouvoir de vivre sert aussi à faire infuser ces idées.
      • La transition écologique, c’est un nouveau levier de croissance, d’innovation.
      • Question, comment cela est-il porté dans les CSE depuis l’ANI sur la transition écologique ?
    • Transformation Numérique : l’approche syndicale en est de la prendre en compte avec l’IA comme facteurs de progrès social.
      • Pour la réussir, il faut la coconstruire avec les travailleuses et les travailleurs et se fixer un objectif d’amélioration des conditions de travail.
      • Il faut bien sûr la réguler pour éviter les mécanismes d’asservissement (question des algorithmes), mettre en œuvre un partage de la valeur/gains de productivité…
      • Rappelons qu’aucune société ne peut durablement prospérer en laissant de côté une partie de sa population.
    • Transformation Démographique : cette approche doit nous permettre une approche positive de l’immigration, intégratrice par le travail et qui permette la préservation de notre modèle social.

3. Une force nouvelle au vivre-ensemble, deux exemples

  • L’entreprise est un lieu où, par nature, le vivre-ensemble est nécessaire. Mais elle n’est que modérément un lieu démocratique. Dans les entreprises où la place de la démocratie est plus faible, des études sociologiques montrent que le vote populiste est plus important. La question de la démocratie est centrale.
  • C’est d’autant plus nécessaire que l’entreprise est à la fois un lieu d’intégration et un outil de transformation sociales : elle est traversée par les 3 grandes évolutions mais elle en est aussi un agent. La démocratie au travail est donc une priorité.
  • La laïcité, remise à l’ordre du jour selon les principes qui ont présidé à la loi de 1905, loi de coexistence, de liberté de croire, de penser et de respect mutuel des différences philosophiques et confessionnelles.
  • La laïcité n’est pas un outil pour exclure l’affirmation de son identité. C’est un outil d’accueil et de coexistence de toutes les identités, un outil de diversité. Dans le monde du travail, une telle réflexion reste embryonnaire : elle se cantonne souvent à poser de nécessaires limites sans poser les moyens d’une politique d’accueil de la diversité pour une mise en commun à l’inverse du communautarisme.

4. Le renforcement des institutions régulatrices

  • Dans sa résolution revendicative, la CFDT fait des propositions pour renforcer les contre-pouvoirs démocratiques et les institutions garantes de l’état de droit. On a vu aux Etats-Unis combien des points de faiblesse institutionnels pouvaient être rapidement exploités par un pouvoir autoritariste.
  • Dans une période où le multilatéralisme est attaqué au niveau international, il est important d’investir le terrain des organisations régulatrices. La CFDT est très active dans le syndicalisme international, bien entendu en soutien humanitaire des syndicats réprimés ou touchés par la guerre (via son fonds de solidarité internationale : Palestine, Liban, Ukraine, Iran…), mais aussi dans le cadre des organisations internationales. La semaine dernière, la FGTE était présente à la conférence CSW70 pour les droits des femmes ; la notion de genre a été attaquée par un amendement venu des Américains.
  • Dans l’Union européenne, la démocratie sociale s’impose comme un espace de régulation démocratique fondamental même s’il est imparfait.
  • La CFDT soutient la notion d’autonomie stratégique européenne mais pose comme condition nécessaire un renforcement des institutions démocratiques à l’heure où l’on voit que des proxys de Poutine ou de Trump parviennent par un simple véto à empêcher la mise en œuvre de politiques communes fondamentales pour notre liberté.

5. Ouvrir la décision / gouvernance collective / viser des alliances citoyennes et faire monter en puissance la société civile, quelques exemples

  • Au travail, la démocratie sociale doit s’ouvrir pour toucher davantage les travailleurs. Les travailleurs et travailleuses des plus petites entreprises, presqu’un travailleur sur deux en France, restent sous-représentés.
  • Il faut aussi en complément de la démocratie sociale représentative à garantir, à renforcer et à prévoir des espaces complémentaires de dialogue au travail (en complément du dialogue social – nous portons par exemple comme 10e principe général de la prévention au travail l’inscription de « l’écoute » des travailleurs). Cela passe par le droit d’expression des salariés.
  • Investir le dialogue social territorial : sur les enjeux du travail et de l’emploi mais aussi sur des enjeux sociétaux de proximité, de cadre de vie et de services essentiels. Par exemple la CFDT a porté sur les mobilités l’ouverture aux organisations syndicales des comités des partenaires des autorités organisatrices des transports collectifs (AOM)…
  • Faciliter la démocratie participative en complément de la démocratie représentative dans l’entreprise et aussi dans l’organisation (conventions d’adhérents…)
  • Faciliter la démocratie participative sur les grands enjeux de transformation sociétale et utiliser le CESE et les CESER qui sont les assemblées représentatives de la société civile organisée pour provoquer, faciliter, animer cette démarche complémentaire à la démocratie représentative.
  • Favoriser les alliances de projet dans la société civile : travail avec de grandes associations (réseau action climat, pacte du pouvoir de vivre…) pour construire un projet de société issu du terrain et qui pèse et porte dans le débat politique.

Comment franchir une étape supplémentaire pour pousser notre modèle et notre projet de société en étant un catalyseur de projet politique progressiste sans faire de la politique politicienne ?

C’est encore un objet de débat au sein de la CFDT. Il y a nécessité de bouger pour faire gagner le progrès social ; à défaut nous devrons résister si l’extrémisme et la régression l’emportaient en France. En tout état de cause, à la CFDT, « l’imagination prend le pouvoir » !

Le Comité exécutif de l’ETF réaffirme sa solidarité avec les travailleurs français pour la défense du 1er mai !

À l’occasion de sa récente réunion à Nicosie, la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) a exprimé son plein soutien aux organisations syndicales françaises mobilisées pour défendre le caractère exceptionnel du 1er mai, Journée internationale des travailleurs.

Symbole historique des luttes sociales, le 1er mai est bien plus qu’un jour férié : il incarne la solidarité, la dignité et la force collective des travailleurs. En France, ce jour est juridiquement protégé comme un moment de repos et de mobilisation. Pourtant, des évolutions récentes portées par le gouvernement visent à élargir les dérogations permettant à certains secteurs non essentiels de fonctionner ce jour-là.

Réuni cette semaine, le Comité exécutif de l’ETF a alerté sur les risques d’une telle orientation. Présentées comme « volontaires » et accompagnées de compensations salariales, ces mesures reposent sur une vision biaisée de la relation de travail. Dans un contexte marqué par des rapports de force déséquilibrés, le volontariat peut rapidement devenir une norme implicite, affaiblissant les garanties collectives.

L’ETF souligne plusieurs dangers majeurs. D’abord, celui de la fragmentation du monde du travail : individualiser la décision de travailler le 1er mai revient à affaiblir la solidarité entre travailleurs. Ensuite, le risque d’un effet d’entraînement : autoriser certains secteurs à déroger ouvre la voie à une extension progressive, notamment dans les transports, avec des conséquences directes sur les obligations de service. Enfin, c’est la portée même du 1er mai qui est menacée. En permettant le travail ce jour-là, on affaiblit sa fonction première de mémoire des luttes et de mobilisation collective.

Pour l’ETF, il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique, mais d’un glissement préoccupant vers la banalisation du travail lors d’une journée historiquement consacrée aux droits des travailleurs.

Dans ce contexte, le Comité exécutif de l’ETF réaffirme sa solidarité avec les syndicats français, dont la FGTE-CFDT, engagés pour préserver le sens et les acquis du 1er mai. Défendre cette journée, c’est défendre un héritage commun et rappeler que les droits sociaux sont le fruit de luttes collectives qui nécessitent, aujourd’hui encore, vigilance et engagement.

Décarbonation de la logistique alimentaire : Le CESE et la CFDT posent l’exigence d’une transition juste et demandent une autre politique pour le fret ferroviaire public !

Le 11 mars 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a franchi une étape importante pour la souveraineté alimentaire et la transition écologique en adoptant, par 113 voix pour, l’avis « Quels leviers pour optimiser la décarbonation de la chaîne logistique alimentaire ? ». Rapporté par Franck Tivierge (CFDT Agri-Agro) et Christophe Grison (groupe de la Coopération), ce rapport propose une feuille de route concrète pour un secteur qui représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) en France.

Un constat alarmant : Une logistique alimentaire très consommatrice de transport

Chaque aliment consommé en France parcourt en moyenne 1 400 kilomètres avant d’arriver dans l’assiette du consommateur. Cette réalité physique traduit une complexification des échanges liée à la spécialisation des territoires et à l’organisation en flux tendus. Aujourd’hui, la logistique alimentaire — qui inclut le transport, le stockage, l’emballage et les déplacements des consommateurs — pèse pour 28 % des flux de marchandises transportées dans le pays.

Le diagnostic posé par les rapporteurs est clair : le transport intérieur de marchandises repose à 89 % sur la route, avec une prédominance écrasante des énergies fossiles. Face à l’instabilité géopolitique mondiale, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine, décarboner cette chaîne n’est plus seulement un impératif écologique, mais une condition de notre indépendance stratégique. L’actualité récente nous le rappelle avec une acuité encore plus grande depuis le blocage du détroit d’Ormuz.

La CFDT : Architecte d’une transition sociale et pragmatique

Nous avons porté la voix des travailleurs lors de la séance plénière pour rappeler que la trajectoire de décarbonation actuelle décroche de ses objectifs. Pour la CFDT, cet avis est pragmatique et exigeant (voir l’intervention de S. Mariani SG FGTE et membre du groupe CFDT au CESE).

Notre organisation a veillé à ce que la transition écologique ne soit pas un vain mot mais s’accompagne de mesures concrètes pour les salariés. Nous avons insisté sur :

  • L’accompagnement social : La décarbonation doit rimer avec attractivité des métiers, gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) et amélioration des conditions de travail.
  • La souveraineté industrielle : Nous préconisons un mix énergétique à dominante électrique, soutenu par la création de filières industrielles dédiées à la production de batteries et de véhicules de fret.
  • Le soutien aux circuits de proximité : L’avis souligne l’importance des circuits courts et de la vente directe, essentiels pour réduire les distances parcourues.

Les 5 axes stratégiques pour transformer le secteur

L’avis s’articule autour de 16 préconisations réparties en cinq axes majeurs :

  1. Connaissance et suivi : Stabiliser les méthodes de calcul des émissions avec l’ADEME et le CEREMA.
  2. Sortie des énergies fossiles : Accélérer l’électrification, tout en utilisant de manière transitoire des biocarburants issus de déchets pour les segments les plus difficiles.
  3. Entrepôts et commerce de proximité : Équiper les nouveaux entrepôts de plus de 5 000 m² de toitures photovoltaïques et pérenniser le programme « Action cœur de ville ».
  4. Économie circulaire : Faire de la décarbonation des emballages un levier de réindustrialisation territoriale.
  5. Coopération territoriale : Mobiliser les 17 Marchés d’Intérêt National (MIN) pour massifier les flux et mutualiser le stockage.

Focus sur la Préconisation n°6 : Un sursaut indispensable pour le Fret Ferroviaire

A l’heure où l’on parle d’ouverture du capital d’Hexafret (ex-Fret SNCF), c’est un point de rupture majeur porté par l’avis et soutenu avec force par la FGTE-CFDT.

Le fret ferroviaire subit aujourd’hui trois freins majeurs : un manque de flexibilité face au camion, une complexité d’exploitation liée à la priorité donnée aux trains de passagers, et des contraintes européennes étouffantes. La procédure de « discontinuité » imposée à Fret SNCF a déjà entraîné la suppression de 10 % des emplois et l’abandon de 23 flux de marchandises, au risque d’un report massif vers la route.

La préconisation n°6 appelle à un changement radical de politique européenne pour permettre à l’État de reconstituer un pôle public fort. Les mesures demandées sont claires :

  • La gratuité des péages ferroviaires pour le pôle public afin de restaurer la compétitivité du rail face à la route.
  • La fin des règles de limitation d’intervention publique sur 10 ans, jugées anachroniques face à l’urgence climatique.
  • Un investissement massif et sécurisé : L’inscription dans une loi de programmation décennale d’un financement public d’au moins 500 millions d’euros par an pour régénérer et moderniser les infrastructures ferroviaires dédiées au fret.

Conclusion : Un appel à l’action gouvernementale

Adopté à une très large majorité (113 voix pour, 4 contre et 8 abstentions), cet avis n’est pas une simple étude, mais un signal d’alarme et une boîte à outils pour le gouvernement. Pour la FGTE-CFDT, le succès de cette transition repose sur la capacité des pouvoirs publics à sortir de la gestion à court terme pour engager des investissements structurants, tant sur le plan humain que technique. Nous resterons vigilants pour que ces propositions deviennent la pierre angulaire de la future politique alimentaire et logistique de la France

Une mobilisation massive de la CSC Transcom pour une société plus juste en Belgique et contre la politique d’austérité du gouvernement Arizona !

La manifestation intersectorielle du 12 mars dernier a rassemblé à Bruxelles plus de 100.000 participantes et participants à l’appel de la CSC Transcom et d’autres fédérations syndicales belges. Un succès indéniable, qui témoigne d’une mobilisation forte face aux politiques d’austérité.

À cette occasion, la CFDT Cheminots a tenu à être présente en soutien et en solidarité avec les travailleuses et travailleurs mobilisés. Cette présence illustre l’importance des liens entre organisations syndicales au-delà des frontières, face à des enjeux sociaux qui nous concernent toutes et tous.

En participant à cette mobilisation, la CFDT Cheminots a réaffirmé son attachement à une solidarité concrète entre travailleurs européens. Les réformes des pensions et les politiques d’austérité menées en Belgique font écho à des problématiques que nous connaissons également en France.

Partout, les mêmes logiques sont à l’œuvre : faire peser les efforts sur les salariés, en particulier les plus fragiles, plutôt que de s’attaquer aux inégalités structurelles.

La réforme des pensions portée par le gouvernement Arizona en est une illustration préoccupante. Elle cible une nouvelle fois des publics déjà précarisés, notamment les femmes et les travailleurs et travailleuses à temps partiel.

Ces orientations sont inacceptables. Elles creusent les inégalités et fragilisent encore davantage celles et ceux qui subissent déjà des parcours professionnels discontinus.

La mobilisation du 12 mars a démontré que l’action collective est indispensable. Elle a déjà permis d’obtenir des avancées concrètes pour les travailleurs et travailleuses belges :

  • le maintien des emplois de fin de carrière ;
  • la prise en compte des périodes de chômage temporaire et de maladie dans le calcul des pensions ;
  • le maintien de la première année de travail dans ce calcul.

D’autres choix sont possibles pour répondre aux enjeux budgétaires en Belgique d’après la CSC Transcom sans faire porter l’effort sur les travailleurs et travailleuses :

  • une fiscalité plus juste sur le patrimoine ;
  • une taxation des activités numériques des grandes entreprises technologiques ;
  • un audit transparent des subsides publics accordés aux entreprises.

Parce que les enjeux sociaux dépassent les frontières, la solidarité syndicale est plus que jamais nécessaire.

L’euro numérique : une monnaie publique au service des citoyens et des travailleurs

Lors du Comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats (CES) des 10 et 11 mars 2026, une déclaration importante a été adoptée concernant le développement de l’euro numérique, prochaine étape de l’évolution monétaire en Europe.

-> Une monnaie publique pour renforcer la souveraineté européenne

L’euro numérique représente un levier stratégique pour l’autonomie financière de l’Union européenne. Dans un contexte de fragmentation des systèmes financiers mondiaux, il permettrait de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des prestataires de paiement étrangers et de garantir que les données de paiement restent protégées par les règles européennes.

Sa gestion doit rester strictement publique, sous l’autorité de la Banque centrale européenne, afin de préserver la confiance, la résilience financière et la protection des citoyens.

-> Une approche volontaire et respectueuse des travailleurs

La CES insiste sur le caractère volontaire de l’euro numérique :

  • Aucun salarié ne devrait être obligé de percevoir son salaire en euros numériques.
  • Les prestations, revenus ou pensions doivent pouvoir rester sur d’autres supports monétaires si les travailleurs le souhaitent.
  • Les impacts sur l’emploi doivent être évalués de manière continue, avec un dialogue social actif pour anticiper et gérer les transformations technologiques.

-> Complémentarité avec l’argent liquide

L’euro numérique ne remplacera pas l’argent liquide, qui reste essentiel pour la confidentialité, la résilience et l’inclusion sociale. L’objectif est de compléter l’écosystème monétaire existant et de limiter les paiements non enregistrés, tout en renforçant la lutte contre l’économie souterraine.

-> Inclusion et accessibilité

La CES souligne que l’euro numérique doit être universellement accessible, y compris pour les personnes âgées, handicapées ou peu familiarisées avec le numérique. Des services d’assistance et des règles transparentes sur les frais doivent garantir que personne n’est exclu.

-> Sécurité, protection des données et droits fondamentaux

La déclaration insiste sur la nécessité d’investissements massifs dans la cybersécurité et la protection des données personnelles. L’euro numérique ne doit en aucun cas servir à la surveillance des utilisateurs ou influencer leurs choix financiers. Les droits fondamentaux et la liberté d’usage doivent être préservés.

-> Dialogue social et modèle européen

Enfin, la CES rappelle que la gouvernance et le déploiement de l’euro numérique doivent s’appuyer sur un dialogue social structuré, impliquant syndicats et travailleurs à chaque étape. L’euro numérique doit renforcer le modèle social européen, garantir l’inclusion et préserver les droits des travailleurs.

En conclusion, l’euro numérique, tel que défini par la CES, est envisagé comme un bien public européen, sécurisé, accessible et volontaire, placé sous contrôle public pour servir les citoyens et soutenir la souveraineté, la stabilité et l’inclusion en Europe.

Loi Cadre Transports : la FGTE CFDT renforce les préconisations sociales du CESE

Après avoir contribué à la conférence de financement Ambition France Transports en 2025, la CFDT avait interpellé le Premier ministre et le ministre des Transports dans un courrier daté du 9 juillet afin de revendiquer une participation plus large dans la préparation du projet de loi. Philippe Tabarot avait répondu le 3 septembre à la CFDT qu’il comptait associer les syndicats « via une saisine du Conseil économique social et environnemental ». De fait le CESE a été saisi par le Gouvernement le 7 janvier dernier pour un retour attendu le 28 janvier. L’avis du CESE a été élaboré et adopté dans ce délai record et la CFDT a largement contribué à apporter son expertise dans la discussion de ce texte.

Ce projet de loi reflète les hésitations politiques actuelles entre une stratégie de transformation planifiée et des logiques budgétaires de court-terme.

On compte parmi les points positifs, le principe d’un investissement public de long terme dans le cadre de lois de programmation décennales, des ressources affectées, parmi lesquelles la mobilisation future des marges bénéficiaires des sociétés d’autoroute, ou encore la reconnaissance du besoin d’investissement supplémentaire dans les infrastructures de transport durable (1,5 Mds € pour le ferroviaire).

Mais les points de vigilance restent nombreux : le volontarisme fait défaut sur la mobilisation des moyens de financement, notamment cette législation fait l’impasse sur un grand emprunt pour la transition écologique des transports et ne s’articule pas clairement avec la stratégie nationale bas carbone et une politique industrielle.

Le financement projeté reste au contraire fait d’expédients sur de nouveaux partenariats publics-privés qui risquent d’aiguiser les appétits de fonds de pension nord-américains en dépit des discours sur la souveraineté européenne.

Enfin – et c’est sans doute la plus grande lacune de cette politique- les enjeux sociaux, trajectoire des emplois, compétences à l’échelle des chaînes de valeur, partage de la valeur créée, sont absents de cette loi principielle.

Parmi les points que la CFDT a pu porter dans l’avis du CESE sur le projet de loi figurent les éléments suivants :

En matière de garanties de financement :

  • La nécessité de fixer un plancher minimal pour la fraction de ressources publiques issues des transports qui sera allouée aux dépenses publiques de transport ;
  • L’assurance que les marges bénéficiaires des sociétés concessionnaires d’autoroute iront financer majoritairement des transports décarbonés ;
  • L’institution d’une réserve budgétaire affectée aux amendes prononcées contre les transporteurs récidivistes d’infractions à la législation sociale qui viendrait alimenter un fonds dédié au financement des transports collectifs ;

En matière de régulation sociale et environnementale du transport de marchandises :

  • Le renforcement des contrôles contre les infractions à la législation sociale du transport routier en augmentant les moyens des DREAL ;
  • L’importance d’intégrer les dispositifs de « sous-traitance en cascade » aux obligations fixées aux donneurs d’ordre en matière de décarbonation du transport routier de marchandises ;
  • Le recours à une contribution financière spécifique pour les flux de transport routier de marchandises ne faisant que transiter en France (écotaxe sur le transit routier) ;
  • La nécessité d’intégrer la question du fret ferroviaire au projet de loi ;

En matière de droit à la mobilité :

  • Le caractère injuste d’une augmentation automatique des tarifs de transports en commun en fonction de l’inflation, en particulier en l’absence de compensation équivalente sur les salaires ;
  • L’impératif de maintien de tarifs sociaux pour l’accès aux transports en commun ;
  • La nécessité de prévoir des solutions de mobilités spécifiques pour les jeunes ;
  • Une réaffirmation du droit à la mobilité pour les habitants des territoires peu denses avec notamment le déploiement d’un « forfait mobilité durable citoyen » et l’obligation en urbanisme opérationnel de prévoir une desserte multimodale pour tout équipement essentiel ;

En matière d’aménagement du territoire :

  • La mise en place d’une véritable tarification d’aménagement du territoire pour les lignes ferroviaires à grande vitesse ;
  • L’intérêt de consacrer un volet planification des investissements fléchés sur les « petites lignes ferroviaires » (lignes de desserte fine du territoire) ;
  • La nécessité de prolonger et de renforcer le programme public Territoires Inclusion Mobilités Sobriété (TIMS) qui a permis de porter 80 projets de solutions de mobilités dans les territoires peu denses afin de déployer des dispositifs de rabattement vers les transports réguliers, notamment les futurs « RER métropolitains » ;

En matière de dialogue social et de respect des droits des travailleurs :

  • La mise en place d’un schéma directeur social en lien avec la programmation pluriannuelle des investissements intégrant une trajectoire de l’emploi, le développement des compétences, notamment dans le cadre de pactes sectoriels régionaux et des moyens de financement à l’appui de l’amélioration des conditions de travail ;
  • L’insertion de clauses sociales pour protéger les droits des salariés dans le cadre de la renégociation des contrats de concessions autoroutières ;
  • La concertation préalable avec les organisations syndicales sur les conséquences de gains de productivité envisagés au niveau du groupe SNCF pour financer une partie du besoin d’1,5 Md €.
  • La nécessité impérative de prévoir une consultation préalable des représentants du personnel et des CSSCT concernées avant toute mise en œuvre d’une dérogation à l’interdiction de travailler dans l’emprise de plans de prévention des risques industriels ;

En matière de participation démocratique :

  • L’importance d’associer les comités des partenaires des autorités organisatrices de mobilités (où siègent les organisations syndicales) au suivi des projets de « RER métropolitains » ;
  • Un renforcement de la place des organisations syndicales au sein des comités des partenaires des autorités organisatrices des mobilités ;
  • L’obligation de consulter préalablement le comité des partenaires avant toute réforme tarifaire ;
  • La nécessité de renforcer aussi la planification locale des mobilités à l’échelle d’un bassin de vie en y associant les parties prenantes de la société civile (comité des partenaires, CESER, CODEV…) ;
  • La nécessité de consulter le CESE et les parties prenantes sur les décrets d’application de la loi portant sur des moyens financiers affectés aux transports ;
  • La nécessité d’associer le CESE et les parties prenantes à l’élaboration des futures lois de programmation pluriannuelle des transports.

Après l’adoption de cet avis du CESE, la FGTE va continuer son action syndicale à ce sujet pour une stratégie nationale des transports ambitieuse et socialement juste, en commençant à sensibiliser les exécutifs régionaux sur ce dossier.  Par ailleurs, la FGTE-CFDT agira  en proposant des amendements aux parlementaires, la première échéance étant l’examen par le Sénat à partir de début avril.

Proposition de loi visant à restreindre le droit de grève dans les transports : Stop aux inepties législatives, la priorité c’est le dialogue social !

Dans notre article du 12 avril 2024, nous évoquions comment la FGTE-CFDT, auditionnée par le Sénat sur une proposition de loi visant à restreindre drastiquement le droit de grève dans les transports terrestres et maritimes de voyageurs, avait démontré les multiples fragilités de ce texte inopportun, incohérent et vraisemblablement inconstitutionnel.

Le rapporteur en était alors M. Philippe Tabarot devenu depuis Ministre des Transports. Les Gouvernements successifs n’ont pourtant jamais souhaité pousser les feux sur cette initiative parlementaire hasardeuse -pas même le rapporteur devenu ministre. Toutefois, le Sénat avait tenté de corriger les failles juridiques les plus flagrantes de ce texte. La proposition de loi n’en a pas moins suivi son lent chemin au Parlement. C’est donc une rédaction largement remaniée qui arrive le 22 janvier, après 18 mois de stagnation, sur le bureau de l’Assemblée Nationale dans le cadre d’une « niche parlementaire », c’est-à-dire un temps de débat restreint, dédiée au groupe politique DR (Les Républicains).

Dans ces conditions, et de l’aveu même du rapporteur à l’Assemblée Nationale, M. Nicolas Tryzna, la probabilité d’adoption de ce texte par la représentation nationale est à peu près nulle. Le texte n’en est pas moins inacceptable.

La FGTE-CFDT, auditionnée par les députés ce 8 janvier, a dénoncé une démarche guidée par une communication politique démagogique.

Sur le fond, nous avons souligné les travers et les expédients de ce texte inutile, alors que si l’on souhaite améliorer la qualité de service de nos transports, il serait plutôt urgent de renforcer le dialogue social, d’améliorer l’attractivité des métiers (rémunérations, conditions de travail, sécurité…) et de responsabiliser les donneurs d’ordre, notamment les autorités organisatrices des mobilités (régions, métropoles), sur les conditions sociales des salariés.

Sur la méthode nous avons pointé les nombreuses incongruités de ce texte :

  • Le texte est censé s’appliquer « aux services publics de transports » mais comporte des dispositions incluant expressément les services librement organisés (c’est-à-dire les services concurrentiels privés tels que les TGV, autocars flixbus…). Il reproduit ainsi une incohérence du code des transports qui n’a toujours pas été clarifiée et pourrait être source d’insécurité juridique.
  • Le texte prévoit la suspension pure et simple pendant 30 jours par an du droit de grève dans les transports après une négociation avec les organisations syndicales. En l’absence d’accord, un décret viendrait décider les périodes neutralisées, arbitrant unilatéralement quelles périodes de départ en vacances ou de week-end de fêtes seraient plus prioritaires que d’autres pour la société française. On restreindrait ainsi une liberté constitutionnelle -le droit de grève- au titre d’une vision unilatérale des périodes prioritaires pour le droit à une vie familiale normale. Le juge constitutionnel appréciera.

Par ailleurs on ne le ferait que pour les transports -et une partie d’entre eux seulement- sans considérer d’autres services essentiels. Il y aurait donc une rupture d’égalité difficile à motiver sur le plan du droit.

  • Le texte fait référence à une notion de « besoins essentiels » sans pour autant définir ce qu’ils sont. Il comporte d’autres « innovations » juridiques mal définies telles que « le trouble manifeste à l’organisation du service public » afin de justifier des restrictions au droit de grève dans les transports du quotidien. Cette notion approximative voudrait ainsi étendre la notion de « trouble à l’ordre public », qui bien installée et précisément définie dans la jurisprudence mais aussi beaucoup plus exigeante dans ses conditions.
  • Le texte prévoit d’allonger le délai de prévenance des déclarations individuelles d’intention de 24h, alors qu’il est démontré que cette mesure n’aurait pas d’effet sur l’amélioration de la prévisibilité.
  • Le texte prétend donner aux employeurs un pouvoir de réquisition, sous peine de sanction disciplinaire, en cas d’injonction de l’autorité organisatrice après 3 jours consécutifs de conflit. La FGTE a rappelé aux députés que le pouvoir de réquisition qui s’applique déjà aux travailleurs (pas seulement à ceux du transport) est une prérogative de l’autorité préfectorale qui ne peut s’exercer que dans un cadre bien précis et sous contrôle du juge administratif lorsque des intérêts vitaux sont en jeu.

Ce dernier point a conduit la FGTE-CFDT à souligner en contrepoint l’intérêt bien supérieur qu’il y aurait à impliquer les autorités organisatrices des mobilités dans un dialogue social productif de bonne conditions nécessaires à la qualité du service, plutôt que dans des mesures restrictives tardives qui ne traiteront jamais les causes du conflit.

Cette orientation serait d’autant plus judicieuse qu’il existe aussi des inégalités territoriales face à l’exercice du droit de grève, et a fortiori dans les territoires insulaires qui sont directement visés par la proposition de loi. Ainsi des mesures qui viseraient à restreindre l’exercice du droit de grève produiraient des effets profondément différenciés selon les territoires, créant de fait une rupture d’égalité entre les citoyens des métropoles et ceux des autres territoires.
Dans les grandes métropoles, la densité des infrastructures, la multiplicité des alternatives de transport et la concentration des services permettent d’absorber — certes imparfaitement — les effets d’un mouvement social. Les citoyens disposent de solutions de substitution, et les salariés grévistes conservent une visibilité collective.
À l’inverse, dans les territoires ruraux, déjà fragilisés par la raréfaction des services publics et des réseaux de transport, toute limitation du droit de grève pèse disproportionnellement sur les salariés. La pression sociale, économique et institutionnelle y est plus forte, rendant l’exercice du droit de grève plus risqué, plus stigmatisant et moins effectif.
Cette rupture d’égalité atteint son paroxysme dans les territoires insulaires. Par nature, l’insularité implique une dépendance structurelle à un nombre très limité de liaisons (maritimes, aériennes, énergétiques, logistiques) : traiter par un dialogue social productif et régulier les problématiques qui peuvent mener à de la conflictualité, mais aussi à une augmentation de l’absentéisme ou à une démobilisation des travailleurs, est donc encore plus nécessaire dans ces secteurs essentiels. A l’inverse de nouvelles limitations au droit de grève applicables après qu’on a laissé s’installer et s’envenimer une problématique non traitée seront inopérantes, au détriment de tous.

La systématisation de clauses sociales pour les salariés dans les marchés publics de transports, sur lesquelles les collectivités s’engageraient, engageraient leurs opérateurs et sur lesquelles elles auraient un suivi régulier serait une innovation beaucoup plus propice à la continuité et à la qualité de nos services de transport public ! Le rapporteur n’a pas nié l’intérêt d’une telle orientation. A suivre dans le rapport de la commission parlementaire…

Pour l’heure, la FGTE-CFDT rappelle sa détermination à combattre point par point les dispositions de restrictions inutiles et inacceptables au droit de grève portées par ce texte. Dans l’hypothèse improbable d’une poursuite de la navette parlementaire, la FGTE-CFDT n’hésiterait pas à riposter à cette offensive contre le droit social.

Assises de la Mer 2025 

Les équipes de l’UFM CFDT étaient  présentes aux des Assises de la Mer 2025 !
Un rendez-vous incontournable pour échanger sur les enjeux du maritime, l’avenir de nos métiers et la transition du secteur.

Points forts :

1°  Le président de la république Emmanuel Macron a réaffirmé les grands enjeux maritimes pour la France : souveraineté, transition énergétique, renouvellement des flottes et formation.
Pour l’UFM CFDT, ces orientations ne pourront réussir qu’avec et pour les travailleurs de la mer :
– Des emplois qualifiés et durables, appuyés sur la formation et la montée en compétences
Des moyens renforcés pour la flotte de pêche, les ports et la marine marchande
Une transition énergétique juste, qui ne laisse personne au bord du quai
Une concertation sociale réelle pour construire l’avenir du maritime, dans toutes ses filières

 

Si la France doit rester une grande puissance maritime ,cela passera aussi par la reconnaissance, la protection et la valorisation de celles et ceux qui font vivre la mer au quotidien 

2° Le  directeur général de l’ENSM, a rappelé l’importance de dépasser les barrières actuelles entre les écoles et les navires afin d’atteindre les objectifs du secteur en matière de formation et de nombre d’officiers.

L’UFM CFDT soutient pleinement cette démarche.
Les compétences de transmission du savoir existent bel et bien à bord, notamment pour certains modules de formation. Il est donc essentiel de renforcer la fluidité et les liens entre les établissements de formation et les équipages embarqués.

Le succès de cette ambition dépendra avant tout des moyens et des financements alloués au secteur maritime.

« Transporter le respect » : l’ETF appelle à en finir avec les violences faites aux femmes dans le secteur des transports

Amsterdam, 30 septembre 2025 – Le Comité des femmes de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) a réuni aujourd’hui travailleuses et travailleurs du secteur, syndicalistes et décideurs politiques lors d’un séminaire consacré à la lutte contre les violences sexistes et le harcèlement au travail.

Cet événement, intitulé « Transporter le respect : lutter contre les violences sexistes au travail », a mis en lumière une réalité préoccupante : malgré des années de plaidoyer, les violences et le harcèlement envers les femmes restent massivement présents dans le secteur des transports.

  • Des résultats inquiétants

Les premiers résultats de la nouvelle enquête de l’ETF révèlent que près de trois femmes sur quatre (74 %) travaillant dans les transports déclarent avoir été victimes de violences ou de harcèlement sur leur lieu de travail.
Ces chiffres confirment que la violence envers les travailleuses n’est pas un phénomène isolé, mais bien un problème structurel qui mine l’égalité et la sécurité dans le secteur.

La secrétaire générale de l’ETF, Livia Spera, a lancé un appel fort :

« Les violences au travail contre les femmes – et contre tous les travailleurs – doivent cesser. Les témoignages que nous avons entendus aujourd’hui montrent à quel point ces violences poussent les femmes à quitter le secteur. Cela doit changer, d’autant plus que la pénurie de main-d’œuvre s’aggrave : agir contre la violence, c’est aussi agir dans l’intérêt des employeurs. »

  • Langage, pouvoir et résistance

Parmi les interventions marquantes de la journée, Silvia Gonzales, représentante de la FGTE-CFDT, a livré un discours puissant sur le rôle du langage dans la reproduction – ou la remise en cause – des inégalités.

« Les mots façonnent nos pensées et définissent notre réalité. Et notre réalité, aujourd’hui, est sexiste.
Nous devons la combattre, et le faire ensemble. Parce que le sexisme n’est pas anodin : il tue.
Il tue littéralement — comme les crash tests conçus uniquement pour des corps masculins.
Il tue symboliquement — en effaçant les femmes de l’histoire, de la science et de tant d’autres domaines.
Les mots ne sont pas neutres : ils reflètent le pouvoir. Et le pouvoir, lorsqu’il n’est pas remis en question, perpétue l’inégalité.
Le langage n’est pas seulement un outil de communication : c’est un instrument de résistance.
Alors, reconstruisons notre réalité. »

Ses propos ont résonné avec la conférence inspirante de la sociolinguiste Vera Gheno, qui a elle aussi souligné l’importance du langage pour déconstruire les stéréotypes et construire une culture du respect.

  •  Témoignages et actions pour un vrai changement

Le séminaire a également donné la parole à des travailleuses venues de toute l’Europe – du rail, du transport routier, maritime, aérien et urbain – qui ont partagé leurs expériences souvent douloureuses, mais aussi leurs luttes et leurs victoires syndicales.

Une table ronde a ensuite réuni syndicats, décideurs politiques et représentants des institutions européennes autour de solutions concrètes : campagnes de sensibilisation, négociations collectives, adoption de politiques européennes ambitieuses et renforcement des obligations des employeurs.

  • Pour un changement culturel durable

Le message porté par l’ETF est sans équivoque :

« Les conventions collectives peuvent protéger les travailleuses, mais c’est la culture du secteur qui doit évoluer. »

Mettre fin aux violences n’est pas seulement une question de droits des travailleurs : c’est aussi une condition essentielle pour construire un secteur des transports attractif, durable et équitable, où le respect et la sécurité de toutes et tous ne sont plus négociables.